Permis de chasse

« La guerre, c’est comme la chasse, sauf qu’à la guerre les lapins tirent. » (Charles De Gaulle, 1890-1970).

Chasser, d’abord chacier au 12siècle, et cachier, cassier, deux formes attestées en ancien picard, prolonge le bas latin captiare « capturer » qui a progressivement éliminé le latin venari « poursuivre les animaux. »

Son dérivé chasse exprime d’abord l’idée de « chevauchée rapide » mais reprend rapidement le sens usuel de son étymon latin. Avec une intention de saisie, le mot décrit l’action de poursuivre pour capturer ou tuer des animaux à l’état sauvage à des fins utilitaires comme se nourrir ou par goût sportif : ouverture de la chasse, chasse au cerf, chasse au loup, chasse au sanglier, chasse au lièvre, chasse à la baleine. L’instrument utilisé pour les chasser restant à déterminer : chasse au fusil, chasse à l’arc, chasse à l’affût, chasse à l’appeau, au cours de laquelle on imite le cri des animaux pour les attirer, chasse en battue, chasse à courre, par une meute de chiens guidés par un équipage humain à pied ou à cheval, chasse au faucon. Tableau de chasse mais aussi accident de chasse lorsque c’est le chasseur qui est blessé ou tué, rarement débité.

Par extension, il s’applique aux animaux (ou aux végétaux) qui n’entrent pas dans le concept de gibier : chasse aux papillons, chasse aux champignons, chasse à l’homme, expression apparue au 19e siècle mais réalité qui se pratique depuis toujours en temps de guerre : « La chasse a toujours été la distraction favorite des hommes de guerre en temps de paix, c’est-à-dire dans les périodes plus ou moins brèves où la chasse à l’homme n’est pas ouverte. » (Claude Duneton, 1935-2012). Dans l’armée de l’air, aviation dont le rôle est d’intercepter, de poursuivre, d’attaquer et de détruire l’ennemi : avions de chasse, pilotes de chasse.

Le mot, sans intention hostile, s’applique à la recherche ardente, tenace d’un objet : chasse aux emplois, chasse aux idées, chasse aux livres rares. Avec l’intention de « faire partir, évacuer », il décrit l’écoulement rapide donné à une retenue d’eau pour nettoyer et vidanger un conduit : chasse d’eau, écluse de chasse, destinée à nettoyer un port, un chenal, un bassin. Le proverbe qui va à la chasse perd sa place signifie « celui qui abandonne momentanément un avantage ou une situation favorable risque de ne pas les retrouver à son retour. » Au figuré, chasse gardée désigne une activité qu’on se réserve exclusivement.

Les autres dérivés sont chasseur, chasseuse, chasseresse, maintenu dans l’usage littéraire par allusion à la Diane chasseresse, déesse romaine, pourchasser, pourchasseur, chassé-croisé. Pourchas « peine, effort » ne s’emploie plus que par archaïsme pour désigner l’action de poursuivre, en particulier, au 16e siècle, le fait de rechercher assidument les faveurs d’une femme; l’ancêtre de l’obsédé sexuel. Chasse demeure toutefois productif comme préfixe dans des composés plus ou moins usités : chasse-mouches, chasse-neige, chasse-clou, chasse-abeilles, chasse-bondieu, chasse-diable, chasse-rage, chasse-crapauds, chasse-fiente, chasse-coquin, chasse-cousins, chasse-ribauds, chasse-ennui. Rarement comme suffixe : garde-chasse.

 

Devoir

Quel autre mot composé avec chasse désigne une embarcation légendaire propulsée par des forces diaboliques, permettant à ses passagers, souvent des bûcherons désirant rentrer chez eux, de voyager dans les airs?

Chasse-gal _ _ _ _ .

Réponse

Chasse-galerie. Le mot, avec ce sens, est attesté dans les glossaires de l’Ouest de la France (Maine, Vendée, Poitou, Saintonge) et au Canada français. Par extension, il désigne une procession fantastique nocturne composée de sorciers ou de loups-garous mal intentionnés.